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Minute papillon

Minute papillon (2017)
« Minute Papillon » est la première exposition d’envergure qu’une institution française consacre à Florence Doléac, artiste et designer reconnue internationalement. Depuis plus de vingt ans, elle produit des objets fonctionnels, souvent inutiles et parfois fugaces, qui surgissent de manière intempestive, comme pour arrêter le cours du temps.

« Mes créations n’ont pas de sens en série. Ce que j’aime c’est participer à la construction d’un imaginaire collectif. » D’abord active au sein du groupe Radi Designers (de 1993 à 2003), Florence Doléac a choisi de sortir des contraintes liées à la production industrielle en développant une activité d’enseignement, d’abord à l’ECAL (Lausanne, Suisse) dès 1999, puis à l’ENSAD/ École Nationale Supérieure des Arts Décoratifs (Paris). Dès le début des années 1990, ses premiers travaux l’ont conduite à collaborer avec un laboratoire de recherche médicale [sols de stimulation plantaire]. Puis elle a travaillé avec des spécialistes de tous bords, chercheurs, artistes, scientifiques ou artisans, dont les échanges lui ont permis de développer son esthétique à la fois brute, synthétique et fantaisiste. Usant de la citation et du détournement d’objets, Florence Doléac bricole dans son atelier des propositions en mode mineur. Elle explore les possibilités de transformer des matériaux industriels et leur recyclage, s’associe avec des artisans aux savoir-faire traditionnels (céramiques de Vallauris, tapisserie du Kirghizstan…) et négocie, pour chaque pièce, l’invention de formes nouvelles ou la non-intervention volontaire.

« Minute Papillon » porte un regard rétrospectif sur l’œuvre de Florence Doléac. L’exposition s’organise autour de La chambre des rêves (2017), un environnement constitué d’un lit entouré de rideaux, qui transpose l’univers de l’artiste dans un espace magique inspiré par le livre pour enfants de Maurice Sendak, Max et les maximonstres (1963). Sur les rideaux sont imprimées les images de ses productions passées et des paysages symboliques, sérieux ou amusants. Florence Doléac perturbe les hiérarchies entre culture savante et populaire et invite à s’ouvrir au monde mystérieux des rêves. Conçue comme un lieu où la mémoire se reconfigure, La chambre des rêves propose d’adopter une perception flottante. Une approche qui colore l’ensemble de l’exposition. 

Intéressée par les sciences cognitives, l’ethnopsychiatrie et le shamanisme, Florence Doléac tient que notre rapport au monde matériel est d’abord affaire de récits. Ses œuvres s’affirment ainsi comme des placébos [Ventilator (2007), Aurore boréale (2011)] et revendiquent leur artificialité tout en suscitant un étrange bien-être. C’est en observant ses différentes propositions d’assises – de Patapouf (2005), suggérant un glissement naturel vers le sommeil, à Floating Minds (2009) ou encore Vague à l’âme (2004 et 2016) –, que l’on découvre son intérêt persistant pour les formes molles et les postures régressives. Recourant à l’exagération enfantine [Gueule de loup (2012)] et à l’humour parfois grotesque [Poignée signalétique (2004)], Florence Doléac piège ainsi nos gestes quotidiens autant que nos rites sociaux et distribue ses œuvres comme autant de mirages.

Publié le 25/10/2017